SHX INTERVIEW : Dan, Bristol

Dan, Crimes of Passion exhibition, RWA, Bristol, 2009, copyright Dan

Dan, Crimes of Passion exhibition, RWA, Bristol, 2009, copyright Dan

Pourquoi as-tu quitté l’Italie pour l’Angleterre ?
J’ai déménagé à Londres en 1996 ; je projetais de rester en Angleterre un an ou deux et perfectionner mon anglais et finalement je suis toujours là. 1994 était aussi l’année où Berlusconi a gagné les élections en Italie. Inutile de préciser que deux ans de « Forza Italia », le parti de droite, aurait conduit n’importe doté d’un peu de bon sens à se retirer sur une île déserte.

(Q) Why did you move from Italy to England?
I moved to London in 1996, my plan was to live in England for a year or two and improve my English but I am still here. Also 1994 was the year that Berlusconi won the elections in Italy. Needless to say two years of “Forza Italia” which is right wing, would drive anyone with a bit of common sense to retreat on an island.

Quand et comment as-tu commencé le pochoir ?
Quand j’ai commence à utiliser la bombe aerosol au début des années 90 à Rome, jamais je n’aurais pensé à faire du pochoir, c’était considéré comme de la triche dans l’univers du graffiti. Je me suis ensuite quelque part fatigué du graffiti et j’ai arrêté de peindre dans la rue pendant quelques années. En 2003, j’ai déménagé à Bristol où j’ai étudié le graphisme. Cette année-là je suis revenu au graffiti, j’ai recommencé à peindre avec des artistes tels que Rowdy, Andy Council et Third Eye. Mais c’est seulement à partir de mon voyage à Berlin en 2004 que je suis rentré dans le pochoir. Je me baladais dans la ville et je voyais les mêmes images sur les murs à différents endroits. Ces images ne servaient pas uniquement à diffuser le nom tagué d’artistes, elles correspondaient plus à des idées et des concepts.
C’est incroyable comment une image peut traverser une ville en seulement quelques heures.

(Q) When and how did you come to stencil?
When I started using spray cans in the early 90’s in Rome I never thought of using stencil, it was considered cheating in the graffiti world. I somehow got tired of graffiti so I stopped painting outdoors for a few years. In 2003 I moved to Bristol and I was studying graphic design. That year I got back into graffiti I start painting again with artist like Rowdy, Andy Council and Third Eye. But it wasn’t until I went on a trip to Berlin in 2004 that I got into stencils. I was walking around the city and I kept seeing the same images on walls in different locations. Those images were not just to advertise the artists name tag, they were more about the ideas and concepts.
It is amazing how an image can travel across the city in probably just few hours.

Comment as-tu choisi ton pseudonyme ? pas très original…
Ma mere l’a choisi, c’est mon nom.
J’ai pensé à Dan car c’est un nom court, très répandu et facile à retenir.
J’ai commencé à découper des pochoirs car je voulais diffuser mes idées auprès des gens et j’ai pensé que le meilleur endroit pour le faire était sur les murs dans l’espace public. Au début je ne signais pas mes pochoirs, je ne ressentais pas le besoin de le faire. Ensuite un de mes potes artistes qui aimait ce que je faisais a dit : « Dan, tu devrais signer cette merde », et donc je l’ai fait.

(Q) How did you choose your artist name? Not so particular.
My mum chose it, it is my name.
I thought of DAN, because is a very common name short and easy to remember.
I started cutting stencils because I wanted to show my ideas to people and I thought the best place to do so was public walls. I never signed the first few stencils; I didn’t feel the need to. Then one of my fellow artists who liked what I was doing said “Dan you should start sign this shit”, so I did.

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Tu préfères peindre ou coller dans la rue ?
Je ne colle pas mon travail mais j’aime voir un bon collage en ville et j’apprécie vraiment la technique. Je peux comprendre qu’un pochoir à calques multiples prend un certain nombre d’heures à peindre et que ce n’est pas cool d’être interrompu dans le process. De toute façon, je préfère peindre directement sur le mur.

(Q) Do you paint you in the street  ? Prefer painting or pasting?
I don’t really paste my work, but I like to see a good paste up around town and I really appreciate the technique. I can understand that a multiple layer stencil might takes a good few hours to paint and it’s not nice to get interrupted, but I still prefer doing it directly onto the wall.

A quoi ressemble Bristol comme ville de street art ?
Je trouve que la scène Street Art à Bristol a complètement changé d’image ces deux dernières années dans le sens où c’était le graffiti traditionnel avec la bombe à mains libres qui prédominait. Si je regarde vers la plupart des villes européennes, il y a bien plus de variété dans le style et la pose des images dans les rues. Les gens sont en train de créer des techniques hybrides ; collages, impressions en grands formats, stickers, peinture à la brosse, pochoir, poésie et installations en 3D. Quand tu traverses à pieds un  certain quartier de Bristol appelé Stokes Croft, tu vois différents styles émerger mais le reste de la ville reste le même, dominé par ce style traditionnel. Bristol est en train de devenir populaire grâce et auprès de nombreux artistes de talent dans une ville relativement petite qui ne pouvait augurer de telles œuvres sources d’inspiration.

(Q) What does Bristol like now as a street art city?
I think the Bristol Street art scene has definitely been changing character over the last two years as it was dominated by traditional spray techniques. If I look at major European cities, there is much more variety in style and application of images in the streets. People are creating hybrid techniques. For example paste ups, enlarged photo posters, stickers, paint brush art work, stencil, poetry and 3D installations. When you walk through one particular area in Bristol called Stokes Croft, you see different styles emerging, but the rest of the city mostly remains the same, dominated by traditional use of the spray can. Bristol is definitely catching on and with so many talented artists in a relatively small city we can expect many inspiring pieces (I hope).

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As-tu déjà été confronté à la police à cause du Street Art ?
C’est malheureusement le prix à payer pour continuer à faire ce que l’on pense être juste. Ce n’est jamais une rencontre agréable mais parfois ça peut être comique. La dernière fois que j’ai été pris, c’était il y a peu. Je suis parti peindre dans une ville aux environs de Bristol avec Rowdy, Sweet Toth et un autre pote. A la minute où on a commencé à peindre, la police est arrivée avec ses gyrophares. On s’est juste statufiés en arborant des visages ahuris. Ca ressemblait à une situation sans issue. C’est drôle à quel point tu ne sais pas quoi dire aux flics et finalement tu penses « peu importe ce que je vais sortir, je suis foutu » ce qui enlève en fait toute pression. Tout d’un coup tu te mets à parler et toutes les blagues possibles défilent. La dernière fois que nous nous en sommes sortis, l’inspecteur a dit « Nous ne pouvons pas vous dire de continuer car c’est contre notre boulot, mais nous ne ferons rien pour cette fois ». Ils ne voulaient sans doute pas s’embêter avec la paperasse.

(Q) Have you ever met the police because of Street Art?
It is an unfortunate price we have to pay in order to continue doing what we believe is right. It is never a pleasant encounter, but sometimes it can be comical. The last time I got caught wasn’t long ago. I went painting in a city near Bristol with Rowdy, Sweet tooth and one more friend as soon as we started painting the police arrived with their flashing lights on. We just froze and pulled stupid faces. It felt like there was no escape. It’s funny that in those situations you don’t know what say to the officers and just think “don’t matter what I say I am fucked” so the pressure is off. Suddenly you start talking and every possible blag comes out… Last time we got away the officer said “We can’t tell you to carry on because it’s against our job, but for this time we are not going to do anything”. They probably could not be bothered to do the paper work.


Combien d’heures passes-tu à découper un pochoir ? comment fais-tu de si grands formats ?
Le processus de création d’un pochoir ne réside pas seulement dans le temps de découpe. Il y a une très longue préparation en amont. Je commence par chercher la bonne image pour le projet sur lequel je travaille. Je tend de plus en plus à faire mes propres photos en faisant travailler des modèles en studio, le plus souvent des amis, parfois d’autres gens que je trouve intéressants. Je fais beaucoup de photos et décide après laquelle est la plus appropriée pour ma peinture. Je travaille ensuite l’image en dessinant les fortes lumières et les ombres. Quand j’en suis content, je l’agrandis aux mesures du mur sur lequel je vais peindre.  Un pochoir peut demander une ou peut-être plusieurs semaine de découpe. En fait, découper un petit format prend parfois plus de temps qu’un grand format. Si une partie de mon travail est en grand format c’est parce que j’aime considérer le mur comme une toile. Je cherche un emplacement particulier et dessine dans ce but, tout en prenant en considération la taille du mur, son environnement et son voisinage. J’aime remplir l’espace et délivrer en même temps un message.

(Q) How many hours do you spend cutting a stencil? How do you make them so big?
The process of creating a stencil doesn’t just consist of the actual cutting time. There is a long process of preparation beforehand. I start with finding the right image for the project I am working on. I tend to create my own pictures using models that will pose for me in the studio, usually friends, or other people I find interesting. I shoot large numbers of pictures and then decide which one is the most appropriate for the painting. I then edit the image by drawing the high lights and shadows. When I am happy with the image I will scale it up to fit the measurements of the wall I am painting on. One stencil can take up to one or maybe few weeks to cut. It actually sometimes takes longer to cut a small stencil than it would to cut a large one. The fact that some of my work is in large scale is because I like to treat the wall as a canvas. I scout for a particular place and design for that, taking into consideration the size of the wall, surroundings and neighbourhood. I like to fill the space and at the same time deliver a message.

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Pourrais-tu decrier l’endroit où tu travailles ? as-tu un atelier ?
Oui, j’ai un atelier, j’ai la chance de partager un énorme entrepôt de l’époque victorienne avec trois autres artistes. Le bâtiment en soi est incroyable et source d’inspiration ; c’était une bibliothèque dans les années 1800. Il est tellement vieux que tu peux presque ressentir l’énergie du passé. Nous sommes tous d’accord pour dire qu’il y a un esprit ici ; nous l’appelons la chèvre fantôme car apparemment c’est ce à quoi il ressemble. Il ne s’est bien sûr pas encore manifesté sous une apparence spectrale pour nous avoir mais on ne sait jamais.
C’est cool de partager un espace avec d’autres artistes; cela te donne de l’inspiration parce que chacun fait des choses différentes. Parfois je m’aveugle devant mon travail, c’est donc bien d’avoir un autre regard. Le seul inconvénient de cet espace communautaire réside dans la différence des goûts musicaux. Je ne peux pas supporter toutes ces chansons de merde enjouées quand je travaille. Je préfère les airs dépressifs et mélancoliques. *smile*

(Q) Could you describe the place you work in? Have you got a studio?
Yes I have a studio, I am very lucky to share a huge Victorian warehouse with three other artists. The building itself is remarkable and very inspiring; in the 1800’s it used to be a library. It’s so old that you can almost feel the energy of the past. We all agree that there is a poltergeist; we call it the goat ghost, because apparently it looks like a goat. Of course it hasn’t showed up yet with a spectral manifestation to fuck us all up, but you’ll never know.
It is good to share a space with other artists; it gives you inspiration because everyone does different things. Sometimes I stare myself blind on my work so it is good to get fresh opinions. The only negative aspect of communal space is the different tastes of music. I can’t handle all that jolly, happy shit when I am working. I prefer melancholic and depressing tunes. *smile*

Quel est le premier pochoir que tu as rencontré dans la rue ?
Je n’arrive pas à me souvenir du premier pochoir vu dans la rue mais je peux dire lequel est resté imprimé dans ma tête. C’était le couple de policiers s’embrassant dans les rues de Brighton. J’ai trouvé que c’était très drôle et approprié dans les rues de Brighton.

(Q) What is the first stencil you found in the street?
I can’t really remember the first stencil I saw in the street, but I can tell you which one stuck in my mind. It was the two police men kissing in Brighton.  I thought it was very humorous and appropriate for the streets of Brighton.

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Dans ton travail, qu’est-ce qui t’influences le plus ?
La plus grande partie de mon travail véhicule des messages relatifs au mécontentement social, souvent avec une note d’humour. Je suis inspiré par les gens et mon environnement immédiat. J’ai eu pour le moins certaines expériences intéressantes dans ma vie, où tu atterris dans des situations étranges et rencontre des gens intéressants. Je suis fasciné par ce qui se passe dans la périphérie et les sous-couches de la société ; les gens qui sont marginaux, parfois sans avoir le choix. 

(Q) In your work what are the most influenced by?
Most of my work embeds messages related to social discontent in our society, often with a comical nature. I am inspired by people and my immediate environment. I have had some interesting life experiences, to say the least, and you end up in some bizarre situations and meet very interesting people. I am fascinated by what goes on in the periphery and under layers of society: people who have a deviant routine, sometimes without choice.


Que penses-tu du marché du Street Art en Grande Bretagne ?
L’intérêt pour le Street Art s’est énormément accru ces dernières années. Le marché a complètement explosé et c’est un pas en avant énorme pour les arts. Les Street Artists ont maintenant la possibilité de vivre de leur passion et de leur talent. Toutefois, il y a contradiction. Je pense encore que le Street Art rend mieux dans la rue que dans une institution telle qu’une galerie. Le plus beau dans l’art dans l’espace public c’est que les artistes s’adressent à tout le monde et pas seulement à une audience ciblée ou à un acheteur. Ce changement à venir dans le marché de l’art pourrait avoir un effet malsain sur le Street Art ; j’ai peur que les gens sautent dans ce wagon en marche cherchant succès et fame plutôt qu’un moyen d’expression et rester dans  un rôle dicté par les acheteurs. En fait, c’est déjà ce qui est en train de se passer.

(Q) What do you think about street art market in UK?
There is much more interest in street art in the past few years. The market is definitely growing and this is a huge step forward in the arts. Street artists now have the possibility of making a living using their passion and talent. However, there is a conflict. I still think that street art looks much better in the streets then in an institution such as a gallery. The best thing about art on public walls was that the artist aims to engage everyone and not just a target audience or a buyer. This upcoming change in the art market could have a side effect on street art; I am worried that people may just jump on the bandwagon seeking fame and success rather then a way of expressing themselves without following a general role dictated by the buyers. In fact, this is already happening now.

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Quel est l’évènement de street art qui t’a le plus marqué récemment ?
J’ai récemment exposé au sein de l’expo  ‘Crimes of Passion’ à la  “Royal West of England Academy of Art” (RWA) à Bristol. C’était bizarre dans le sens où les street artists invités ont produit des œuvres expressément pour cet espace, célèbre par ailleurs pour montrer de l’art conventionnel. Le bon côté de cette expo était que les artistes ont eu la possibilité de peindre directement sur les murs de cet espace traditionnel. Plutôt que d’être politiquement incorrecte, nous avons été anti-street dans un sens ce qui était bizarre et un peu différent. Et ça a été une des expositions les plus visitées de ces dernières années à la RWA. Je pense que cela en dit assez sur la trajectoire de ce mouvement. J’ai été un peu déçu de voir que l’entrée était payante. C’est compréhensible mais cela reste une honte.

(Q) What event of street art did you most liked recently you’ve been there or not?
I recently exhibited at the ‘Crimes of Passion’ exhibition at the “Royal West of England Academy of Art” (RWA) in Bristol. It was peculiar, as street artists were asked to produce work for this gallery notorious for the conventional type art often in show. The good thing about this expo was that artists were able to paint directly on the wall of this traditional gallery. Rather than being anti-establishment, we were anti-street in a sense, which is weird and a bit different. Interestingly, it was one of the best visited exhibitions of the last years at the RWA. I think that says enough about where this movement is going. I was a bit disappointed when I found out that visitors had to pay an entrance fee. It is understandable, but still a shame.


Quel est l’artiste qui t’a plus impressionné récemment ? Pourquoi ?
Je suis constamment impressionné par les artistes émergents ; il y a beaucoup de talents et de passion surtout chez les pochoiristes, comme Lucamaleonte, par exemple. Il produit des pochoirs magnifiques ; selon moi sa technique est presque parfaite. Je pense que la personne qui m’a le plus impressionné reste Logan Hicks au Cans Festival l’année dernière à Londres. Il était en train de peindre son autoportrait assis dans un wagon de métro, j’étais stupéfié par la découpe entrecroisée de son pochoir et sa taille. Mais j’ai été encore plus impressionné par sa confiance et sa détermination pendant qu’il peignait le mur.

(Q) What is the artist who impressed you most recently? Why?
I am constantly impressed by upcoming artists; there is lots of talent and passion especially with stencil artist, for example Lucamaleonte. He is producing beautiful stencils; in my opinion his technique is almost perfect. I think the person that impressed me the most was Logan Hicks at the Cans festival last year in London. He was painting the image representing himself sat in a train wagon, I was amazed by the intersected complex cut of the stencil and its dimensions, but I was more impressed by the confidence and determination when spraying the wall.
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Quel est ton peintre classique préféré ?
J’ai toujours été fasciné par le mouvement surréaliste. Un de mes peintres préférés est probablement René Magritte. A l’époque il était juste controversé et anti-conformiste comme certains artistes du graffiti le sont aujourd’hui. Il nous a permis de voir les objets quotidiens de façon différente.

(Q) Who is your favourite classical painter?
I have always been fascinated by the surrealist movement. One of my favourite painters is probably Rene Magritte. At the time he was just as controversial and non-conformist as some graffiti artists were today. He made us look at every day objects in a different way.

http://www.dan.eu.com/

2 commentaires

  • By C215, 3 mai 2009 @ 11:07

    excellent ! d’autres interviews ?!

  • By epsylon point, 5 mai 2009 @ 17:38

    good wwork !!! hihihi kissessssss from E.

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