SHX Interview : Epsylon Point

Cette interview a été publiée intégralement en français dans le livre « Epsylon Point – Le Sang des Pauvres » aux éditions Critères et disponible depuis la semaine dernière en librairie. // This interview has been fully published in French in the book « Epsylon Point – Le Sang des Pauvres » by Criteres Editions which was available for sell since past week in bookshops.

Les années 80, c’était comment ?
A la fin des années 70, j’étais au Beaux Arts de Dijon où j’étudiais la photo. Je faisais plusieurs choses en parallèle. J’avais essayé notamment plusieurs techniques de peinture, acrylique, tempera, huile, et rien ne me convenait parfaitement. Et un jour, j’ai découvert la bombe de peinture lors d’une performance. L’illumination : c’était ça l’objet dont j’avais besoin ! La bombe permet de tout faire, et sur tout support.
A l’époque on n’était pas nombreux, une dizaine en tout et pour tout à travailler dans la rue. Ma mémoire évidemment laisse à désirer mais il y avait RCF1, Bando, Scan, Mode2, Megaton, etc. Bando à l’époque vivait dans une petite chambre au sein d’un hôtel particulier derrière le Bon Marché, dans le 7e arrondissement, dont sa mère était propriétaire. Il prônait le vol des bombes, le petit. Ils étaient tout jeunes alors que j’avais déjà la trentaine avec cinq ans d’armée et cinq ans de Beaux Arts dans les pattes.

What did look the eighties to ?
At the end of the 70′s, I was at the Beaux Arts of Dijon were I studied photography. I made several stuffs in the same time. I tried for exemple several painting techniques like acrylic, tempera, oil and nothing completely fit. And one day, I discovered spray cans during a performance art. And the flash : it was the tool I need ! A spraycan enables to do everything and on every material. At this time we were not many to work in the streets, maybe a dozen. I don’t remember all the details for sure but there was RCF1, Bando, Scan, Mode2, Megaton, etc. Bando was livning at this time in a little room in a townhouse whose his mother was the owner, located behind the Bon Marché in the 7th arrondissement. And this kid was advocating stealing the spraycans… There were young kids whereas I was about thirty. I already made five years in the army and five years in the Beaux Arts.

Comment a commencé ton histoire avec le pochoir ?
J’ai fait du graffiti entre 1979 et 1985 et mes premiers pochoirs datent de 1983. Je suis venu à cet outil pour satisfaire les exigences d’une commande. J’avais trouvé l’exercice ardu à l’époque. Comme je faisais du graff depuis déjà quatre ans, j’avais une approche libre du geste et la technique du pochoir me semblait limiter la liberté que la bombe pouvait insuffler.
C’est en voyant un pochoir de Blek le Rat figurant un soldat grandeur nature que l’idée m’est venu de continuer et de m’en servir pour reproduire des images. C’est donc aux alentours de 1985 que ma pratique du pochoir s’est vraiment développée, aux côtés d’une amie, La Signe. La technique s’est avérée effectivement très contraignante ; il fallait découper, photocopier, agrandir. J’ai d’ailleurs mis dix ans avant de comprendre que la photocopieuse avait aussi une fonction d’agrandissement (!). Malgré tout, j’ai trouvé là-dedans quelque chose de magique. Je me souviens aussi avoir vu à l’époque à Montpellier un pochoir représentant un chien, façon bande dessinée, très bien exécuté, en double calque. J’ai donc voulu peindre Conan le Barbare, toujours un peu provo, sur un cabanon militaire de la base aérienne 117 de Balard, dans le 15e. J’ai commencé par représenter un lutin que je peignais déjà à main levée depuis quelques temps et qui était un peu mon emblème. Et une énorme scène de Heroic Fantasy peinte au pochoir a donc vu le jour dans ce quartier.

How did start your stencil story ?
I made some graffiti between 1979 and 1985. My first stencils have been made in 1983. I came to this tool because of a commission. I found the practice very hard at this time. Since I had been made some graffiti for four years, I had a free and large gesture and the stencil technique seemed to me like restraining the freedom of the spraycan.
When I saw a stencil by Blek le Rat featuring a life-size soldier, I had the idea to get on with it and to use to reproduce certain images. In about 1985 I really developped my stencil art with a friend of minde, La Signe. indeed this technique was restrictive ; we had to cut, to photocopy, to resize. By the way I needed ten years to understand the copying machine was also able to resize (!). Still, I found something magic in it. I remember I saw in Montpellier a stencil featuring a dog like in a comic, very well done in double layer. Then, since I’m always a bit agitator, I wanted to feature Conan the Barbarian on the Balard military airbase in the 15th arrondissement. I started to feature a goblin I was still making with freehand painting and it became my emblem. A huge heroic fantasy scene was born in this area.

Quel a été ton parcours en galerie ?
Dans les années 80, il y a eu la Ruée vers l’Art, agnès b, et de nombreuses galeries. C’était la mode mais ça n’a pas duré. Arnauld Brument, qui tient aujourd’hui la Galerie Icognito, m’a longtemps soutenu avec la Galerie Sanguine. Mais quand je suis parti en Italie, le contact s’est estompé avec de nombreuses personnes.
Je n’ai jamais compris le système des galeries, et je n’ai jamais fait de démarches en ce sens. Je suis intéressé par l’acte de peindre, c’est tout. La peinture est quelque chose de magnifique. Un pot de peinture se renverse et la tache prend vie, c’est tellement beau ! Quand je ne peins pas, au bout d’un mois maximum, je suis malade. C’est vital pour moi. Je peins quand je vais bien et je peins quand je vais mal.
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How were your relationships to the galleries ?
In the eighties, there was the « Ruée vers l’Art », agnès b and many galleries. It was trendy but it didn’t last. Arnaud Brument who is now at the head of the Galerie Incognito supported for a long time with the Galerie Sanguine. But when I went to Italy, contact became blurred with many people. I never understood the galleries system and I never moved towards them. I’m interested in painting only. Painting is wonderful. A paint pot fell over and the spot is alive, it is so beautiful ! When I don’t paint I get ill one month later at least. It is vital to me. I paint when I’m fine and I paint when I feel bad.

Et la reconnaissance dans tout ça ?
Ce n’est pas très important. Je suis connu par les gens qui connaissent le pochoir. Je ne cherche pas la reconnaissance. Je vois beaucoup de monde défiler dans mon atelier car de plus en plus de gens s’intéressent à l’art de la rue. J’ai trois cent toiles ici. Mon fils commencera à devenir aisé et mon petit-fils, s’il naît un jour, sera riche ! Mais je ne suis pas sûr que l’avenir que nous construisons aujourd’hui donnera encore de la place à l’art dans un siècle…
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And what about acknowlegment ?
It doesn’t really matter. People who know stencil art know me. I don’t look for acknowlegment. I see a lot of people come into my studio because more and more people get interested in street art. I’ve got 300 canvases here. My son will become wealthy and my grand son will be rich if he is born ! But I’m not sure the future we build today will give way to art next century…


Quel est ton regard sur la trajectoire de tes pairs ?
En France, des années 80, restent Blek, Miss.Tic, Jef Aérosol et moi. Blek est le plus connu d’entre nous car il sait bien se vendre et qu’il a su bouger au bon moment. Son travail ne lui demande pas une découpe très sophistiquée et sa peinture est basique. J’aime bien Jef Aérosol, l’homme, comme les images. Et la Miss dont j’aimais les textes engagés est aujourd’hui, à mon sens, une poétesse dont le travail s’adresse aux amateurs de Lacan.
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What is your opinion toward your art collegues ?
In France, Blek, Miss.Tic, Jef Aérosol and me are the only ones to stay from the eighties. Blek is the most famous one because he is a good buseness man and he made the right decision at the right moment. His work doesn’t need an intricate cut and his painting is quite basic. I like Jef Aerosol ; I like the man and the images. And I use to like Miss.Tic’s texts but to me, she is now a poet whose the work is more dedicated to Lacan’s amateurs.

Qu’en est-il de ton rapport à la rue aujourd’hui ?
Je colle des affiches car cela évite d’avoir les problèmes que l’on rencontre en peignant directement sur le mur. La répression de nos braves Pandores s’exerce à tout va. En France, on doit être aujourd’hui dix mille personnes à se servir d’une bombe aérosol ce qui n’était pas le cas dans les années 80. La situation devient difficile. On ne peut plus peindre dehors. Je travaille beaucoup en ce moment à Issy-les-Moulineaux, la ville où je vis, et dans le quartier de Balard également. Je travaille par exemple à une série sur les ouvriers ; un maçon dont le visage buriné par le travail au soleil se prête bien à la technique du pochoir. Dans les années 80, les rues étaient saturées d’images en tout genre et je voulais donner quelque chose de différent et qui me plairait. J’ai donc commencé à m’amuser à faire des images porno et érotiques. Les gens réagissent, de façon positive ou négative, mais ils réagissent. Je suis toujours étonné de voir la multiplication de têtes de mort dans le graffiti alors que personne n’ose s’intéresser au sujet érotique. Pourtant, entre Eros et Thanatos, j’ai choisi !

What about your outdoor work today ?
I wheatpaste some posters because it is now the only way to avoid the problems we usually have when we paint directly on the wall. Repression measures happens all the time. In France, about 10 000 people use spraycans. It was not like that in the eighties. Things get hard now. We can’t paint outdoor anymore. I work a lot for now in Issy-les-Moulineaux, where I live, and also in the Balard’s area. I’m working for exemple on a series on the workers with a bricklayer with a craggy face who perfectly fit to stencil technique. In the eighties, streets used to be plenty of so different images and I wanted to give something different I liked. So I started to have fun with erotic and porn images. People react in a positiv or a negativ way but the most important is the fact they react. I’m often surprised when I see so many skulls in graffiti whereas noone get interest in erotic themes. Though between Eros and Thanato, I chose !

Et comment choisis-tu tes sujets en général ?
Je lis la presse tous les matins, de la presse généraliste, politique, en passant par l’érotique. C’est essentiellement dans les journaux que je cherche mes sujets ou alors je travaille à partir de mes propres photos. Ma série de pochoirs autour du cirque, par exemple, a été réalisée à partir de mes photos datant de ma vie de circassien. Je faisais du roller sur une table, tournant et portant des femmes en même temps, je marchais sur une balle, on se marrait bien.
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And usually how do you choose your subjects ?
I read daily newspapers, general press, politics, and erotics. Most of time I look for my subjects into the newspapers or I work from my own pictures. My series of stencil about circus for exemple has been realized from the pictures I made when I worked in a circus. I used to skate on a table, turning and carrying some women in the same time. I walked on a balloon. We had a lot of fun.

Combien de vies as-tu eu exactement ?
Une seule mais très découpée. A la sortie de l’adolescence, je me suis engagé dans l’armée pendant cinq ans où j’ai passé un CAP d’électronicien, ensuite j’ai été circassien, musicien, photographe, peintre. Ma vie tourne autour de l’art mais c’est la peinture qui en est le centre.
Au début des années 90, je suis parti en Italie, à Turin, pour faire de la peinture. J’y suis resté plusieurs années pendant lesquelles j’ai fait école. J’y ai développé un goût pour l’enseignement du pochoir. Je suis revenu ensuite en France et j’ai fini par trouver un atelier dans lequel je suis toujours, un hôtel social, provisoire, dans lequel je vis depuis dix ans. J’ai rencontré Spliff Gâchette à ce moment-là et cela a fait immédiatement osmose entre nous. De nombreuses personnes ont ensuite défilé dans ce jardin. Et la Meute s’est étendue. Le dernier arrivé, Maest, est un ex-taggueur. Aujourd’hui, je ne suis que peintre, dans ma tranquillité et au RMI depuis vingt ans. Je fête mes soixante ans. Je suis juste artiste peintre, pauvre, bien sûr, comme il se doit.

How many lifes did you have finnally ?
One but so different. When I quit being a teenager, I joined the army during five years. I had a electronics engineer degree overthere. Then I became musician, photographer, painter and I worked in a circus. My life is about art but painting is the heart. On the early 90′s, I went to Italy, in Turin, to paint. I spent several years overthere and I opened a stencil school. I began to love teaching stencil art. After that I came back to France and I found an artist studio where I still live today. This is a kind of temporary social hotel where I’ve been for ten years.
I met Spliff Gachette at this time and an osmosis was born immediately. Many other personns came and went in my garden. And « la Meute » spread over. The last one named Maest is an ex-writer.
Today I’m only a painter in my quiet space with my peace of mind and I’ve been receiving the minimum benefit paid for twenty years. I recently celebrated my sixty years old. I’m only a painter, a poor painter, for sure, as it should be.


2 commentaires
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By b., 23 mars 2010 @ 15:00
Respect ! Longue vie bonhomme !
By Antonella fiori, 23 juin 2010 @ 20:42
Salut,
Belle rencontre à Marseille devant la maison des ventes Leclere.
j’ai acheté le bouquin le lendemain.