Les fêtes de fin d’année et toute l’euphorie qui les accompagne nous conduisent souvent à faire le bilan de l’année passée (les bilans et les tops sont une de mes activités favorites dans la vie, il faut le savoir) et à prendre de bonnes résolutions pour l’année à venir. Alors, ouvrez bien grandes vos mirettes, vous ne rêvez pas, vous êtes en train d’assister à la renaissance de Stencil History X ! Vous remarquez déjà un nouvel accompagnement graphique et l’année 2012 s’annonce encore plus riche de changements avec des posts beaucoup plus réguliers (comme à la grande époque) et l’ouverture d’une véritable boutique en ligne. Celle-ci fera vite référence en présentant à la vente une large sélection de livres (spécialisés sur le pochoir bien entendu), signés pour certains, ainsi que des œuvres originales au pochoir et des éditions limitées.
Voici pour preuve de ce Stencil History X 2.0 mon top 10 des Stencils Outdoor 2011. Il faudra attendre le premier janvier pour mon top 10 des Stencils Indoor 2011. Je vous souhaite donc tout d’abord un très joyeux Noël et de profiter de cette belle journée en famille et entre amis. Très bonnes fêtes à vous !

Avec Marie Curie et Michal Batory, M-City est vraiment mon Polonais préféré. En mai, il réalise dans la ville de Wrocław ce mur pignon gigantesque… au pochoir, comme toujours. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? Monumental rime avec mural chez ce passionné de mathématiques qui conçoit le pochoir comme un module à utiliser à l’infini. La nouveauté 2011 est l’arrivée de la couleur dans son travail jusqu’ici exclusivement en noir et blanc. Mariusz court les festivals de Nuart en Norvège à Mexico (revoir la vidéo ici) ou Jakarta, où il a laissé sa marque “industrielle”. Malgré sa voyagite, il travaille de plus en plus dans son pays comme le démontre cet accident ferroviaire pictural. Et il vient également de réaliser une énorme façade il y a deux mois de ça en Pologne dans le cadre du Fundacja Urban Forms. L’artiste n’étant pas parcimonieux, on peut suivre son travail sur sa page Facebook sur laquelle il dévoile régulièrement ses projets en cours et ses designs (encore faut-il être son ami, ça, c’est pas mon problème, c’est le vôtre). Une petite news en avant-première pour finir ? il exposera en mars prochain ses nouvelles œuvres (avec des couleurs, si vous suivez) à Bergame en Italie, à la Traffic Gallery.

Ce n’est pas un secret, Jana & Js sont certainement les jeunes pochoiristes les plus doués de leur génération, donc pas de surprise à les retrouver dans ce top. En juin, Jana termine ses études de communication visuelle, et le couple se retrouve avec un temps libre infini à exploiter afin… d’envahir le monde ! Après quelques longues séances de découpe dans leur atelier allemand près de la frontière autrichienne, et quelques nouveaux pochoirs autoportraits très inspirés, direction l’aéroport. Bratislava d’abord pour un festival aux côtés de Faith47 et Dale, qui clôt leur cycle Europe de l’Est – ils ont une véritable attirance pour cet urbanisme à l’esthétique post-communiste -, puis après Madrid et Zagreb en Croatie, ils décident de frapper très fort et vont peindre au pays du soleil levant, rien que ça ! Leurs pochoirs se fondent à la perfection, et avec une poésie touchante, dans ce paysage chinois un peu chaotique. À Pékin, entre bicoques à peu près stables, murs à moitié démolis, amas de détritus et grandes tours d’habitations, ce portrait de Jana endormie ne semble pas déplaire à cette petite dame. Double pouce en l’air !

Comment ça, il faut présenter Jef Aérosol aux néophytes ? et puis quoi encore ? Ne pas connaître Jef Aérosol est une faute aussi grave au Trivial Pursuit qu’ignorer la capitale de la Bulgarie… Ce n’est pas pour rien que la maire du 4e arrondissement de Paris, Dominique Bertinotti ( celle-la même qui était à l’origine de l’invitation de JR sur l’île Saint-Louis pour la Nuit Blanche 2009 ) décide de lui commander un de plus beaux murs peints officiels que la ville de Paris ait connu depuis… laissez-moi réfléchir…depuis… celui de Combas dans le Marais ? mmh… il faut aimer quand même… celui d’Alechinski sur la Montagne Sainte-Geneviève pour l’an 2000 ?… mmhh…bref… depuis un bon bout de temps ! Un emplacement de choix pour ce pionnier du pochoir qui mérite toutes ses lettres de noblesse : entre l’église Saint-Merri et la Fontaine de Tinguely et Nikki de Saint-Phalle, à quelques pas du prestigieux Centre Pompidou. Son œuvre “Chuuuttt !!!” d’une surface de 250 mètres carré a été réalisée au mois de juin avec le concours de la galerie Vertikall. Cette fresque devait s’inscrire dans un programme municipal, “Murs4murs” à raison d’un mur peint tous les deux mois. Cette belle idée est tombée dans le silence depuis les envois du communiqué de presse avant l’été… Dommage. Reste qu’à part l’Abbé Pierre peint par JonOne dans le 18e ( il est mort tout de même, il a tous les droits), personne n’a son portrait en si gros, en ville… Bravo Jef !

C215 qui avait un peu négligé Paris au bénéfice de Vitry-sur-Seine et de Rome (au vu du résultat, difficile de le lui reprocher), a investi en octobre dernier le 13e arrondissement. Plus précisément le quartier Paris Rive Gauche, où se situe la galerie Itinerrance chez qui il avait fait son exposition Community Service fin 2010. Les armoires électriques (comme les boites aux lettres) sont un support que l’artiste pochoiriste affectionne particulièrement dans la ville. Un symbole de lumière et d’énergie avait dit YZ en 2003 à l’occasion de son projet Open Your Eyes. Toujours est-il que ces éléments d’un marron disgracieux se retrouvent parés de couleurs intenses avec les portraits expressifs auxquels C215 nous habitue depuis 2007. Difficile de ne pas plonger ses yeux dans le regard de ce personnage de fumeur (qui rappelle le thème de son exposition actuellement en cours à San Francisco)… de quoi même se planter en vélo sur le quai Panhard et Levassor. L’occasion, en tout cas, de faire une belle balade dans ce quartier fascinant en pleine mutation (bravo d’ailleurs à Lionel Belluteau pour cette magnifique photo), entre les Frigos, l’école d’Architecture, l’Université Paris 8 et la Bibliothèque Nationale de France… et ne me dites pas que vous n’avez jamais testé les Love Seats du MK2 Bibliothèque, je ne vous croirais pas !

Au XXIe siècle, difficile de parler pochoir sans parler de Banksy, et je ne m’en plains pas, bien au contraire ! Je ne pense pas exagérer en affirmant que cet artiste est le dieu des pochoiristes, des artistes contextuels et artivistes confondus ! L’année 2011 fut évidemment marquée en France par la sortie du film “Faites le mur” (je préfère très largement le titre original “Exit Through the Gift Shop”), un documentaire atypique et drolatique sur un personnage réel, Thierry Guetta alias Mr. Brainwash, qui est passé du statut de vidéaste documentariste à celui de street artist millionnaire en l’espace de quelques mois… En tout cas, il y a de quoi se prendre une belle barre de rire… jaune ! Jaune comme la fameuse statue des oscars ! En effet, étant nominé dans la catégorie “meilleur documentaire”, Banksy ne peut que réagir avec humour à cette incongruité du système. Il intervient alors en février sur les murs de Los Angeles où se déroule la fameuse cérémonie. Banksy pare la statuette des oscars d’un hoodie comme celui qu’il porte dans le film (un peu racaille quand même ce British), la dite statuette étant protégée par des clones, les soldats de la République de Star Wars. Le jour-même de la remise des prix, il avait même placé des figurants costumés sur le toit, dingue !! Finalement, deux jours plus tard, le mur fut signé Mr.Brainwash, celui-ci en étant d’ailleurs propriétaire (nous sommes devant les Mr. Brainwash Studios). Alors un ultime pied de nez de la part du défenseur du copy-left ? T’es vraiment le meilleur, Banksy !

J’ai rencontré l’artiste américain Joe Iurato en décembre 2008. Trois années durant lesquelles il n’a cessé de me surprendre par sa délicatesse et son humanisme, tant dans son travail que dans sa vie quotidienne. Il est l’un des rares artistes à soutenir activement des organisations caritatives ; avec son cycle d’expositions :01 (25 % du produit des ventes est reversé à “Wine for Water”), il contribue à favoriser l’accès à l’eau dans les parties les plus pauvres du globe comme l’Éthiopie. Et il s’est avéré un artiste de plus en plus talentueux, alliant technique et esthétisme dans son travail. Fin 2009, un personnage capuché dénommé “Nobody” (sans aucun rapport avec le post précédent, attention) commence à apparaître timidement dans son œuvre pour prendre de plus en plus de place en 2011. Son exposition Fall + Rise en septembre dernier raconte ces moments, quand, percuté par certaines difficultés de la vie, on chute, et la force qu’il faut puiser pour se relever et continuer à avancer. Joe Iurato confie ainsi ses peurs intimes et dévoile son énergie créative qui le pousse à continuer quoi qu’il arrive. Ce motif, “The Restoration of Self”, apparaît comme une sorte d’élévation mystique, plus qu’une chute… d’autant plus dans le contexte de cette magnifique cathédrale désaffectée (St. Joseph’s Cathedral. Albany, NY). Joe Iurato continue de me surprendre et j’ai hâte de voir la direction qu’il va prendre en 2012.

Après une année très intense en 2010 marquée par de nombreuses expositions et leur nouvelle technique, “Stencil Posters”, le duo italien Sten & Lex a ralenti un peu la cadence en 2011. Ils ont toutefois pris le temps (le chantier a duré 20 jours) de réaliser cette façade monumentale au Danemark à KØGE dans le cadre du festival Walk this Way au mois de mai. Et ils n’ont pas lésiné sur les moyens : belle performance que d’appliquer leur technique compliquée de papiers arrachés sur une surface de 26 x 29 mètres, c’est à dire 700 mètres carré !! Que dire de plus ? “Ils sont fous ces Romains ! ”

En 2010, Finbarr s’est fait remarquer avec un grand pochoir peint sous le pont du RER de Vitry-sur-Seine représentant une geisha de toute beauté. Depuis, cette image a été reproduite de nombreuses fois, dont en couverture du très beau livre Vitry vit le street art (sous la direction des admirables Nath Oxigène et Brigitte Silhol). Le pochoiriste londonien s’inscrit dans une génération d’artistes affirmant l’importance de l’esthétique dans l’espace urbain (je pense aussi à son compère Snik). Une génération que l’on a retrouvée ou découverte cette année dans la ville de Brest grâce à l’énergie débordante de l’artiste Liliwenn. Crimes of Minds est, plus qu’un festival, un évènement complet fait de rencontres humaines, de street art, d’expositions, de vidéos, de musique et le tout avec une direction artistique parfaitement cohérente. L’occasion aussi pour Finbarr de réaliser une nouvelle fois un pochoir contemplatif de geisha, une spécialité qui lui va bien !

Ender est très certainement un des pochoiristes les plus actifs dans les rues de Paris depuis ses débuts en 2009. Et ça fait plaisir ! Car je ne dirai jamais assez haut et fort mon grand regret face à la présence de plus en plus faible de pochoirs dans la capitale, vous savez ces signes que l’on prend en pleine face au détour d’une rue, tout émoustillé de la surprise et de la joie de la rencontre, et les jeux de piste que cela peut bien-sûr entrainer… Bref, Ender se rappelle bien l’âge d’or des années 80 dans dans le 20e arrondissement et à Belleville, et ses pochoirs sont bien de cet acabit : bien situés, bien choisis, en correspondance avec son environnement. Comme ici, avec cette gargouille mise à l’écart de ses copines de l’église Sain-Germain de Vitry-sur-Seine… Elle se tient la tête dans les mains comme une gargouille, mais est-ce qu’elle n’aurait pas fait une bêtise par hasard ? Car Ender est malicieux, à l’humour enfantin ; il met en scène cette malice dans le cadre de différents thèmes comme sa série des Mariolles, des enfants, jouant, sautillant, prêts à faire une connerie, quoi… Un autre aspect intéressant dans l’œuvre d’Ender est son attachement au classicisme. Cela s’illustre avec des portraits d’artistes de la peinture dite classique comme Leonardo da Vinci ou des musiciens classiques comme Chopin, mais aussi avec cette série sur les gargouilles. Bref, ça touche ma fibre d’historienne d’art et ça change quand même des Marylin Monroe, Gandhi et Serge Gainsbourg ! Keep working Ender !

C’est lors de son passage à Paris en octobre pour une exposition duo avec Diamond à la galerie Rue de Beauce que Lucamaleonte en a profité pour réaliser ce collage de rue. Ses études de restauration et sa culture en histoire de l’art et de l’architecture ont valu à cet artiste romain de choisir des sujets aussi atypiques que des chapiteaux corinthiens ou des façades classiques, le tout traité avec un rendu hyperréaliste au pochoir. En 2011, Lucamaleonte s’intéresse à la représentation d’animaux : insectes, serpents, loups, etc. qui ne manquent pas d’évoquer une dimension chamanique, avec le fort pouvoir symbolique que ces animaux véhiculent. Après une fertile discussion avec Luca, j’attends avec impatience l’année 2012 afin de constater la mise en pratique de ses bonnes résolutions et voir fleurir dans les rues de Rome et d’ailleurs des pochoirs et des affiches par centaines
Encore très bonnes fêtes à tous !