Le top 10 des Stencils Indoor 2011

Après une première partie tournée vers la rue, voici mon second top 10, présentant cette fois-ci ma sélection des plus belles œuvres d’atelier produites au pochoir durant cette année 2011. Et fait obligé, il fait preuve d’une diversité de générations, de sexe, de notoriétés et de nationalités.

Avec ce pochoir sur toile (100 x 150 cm) portant le titre significatif de A prism is only walls, Andrea Michaelsson – Btoy présente ici l’une de ses plus belles œuvres et l’ une des pièces maîtresse de son exposition Iconic Circus qui s’est tenue en février à la Traffic Gallery de Bergame en Italie. On note une nette évolution dans son travail en 2011 ; sa palette s’est assombrie avec une utilisation plus fréquente du magenta, du violet, ses peintures accueillent plus volontairement des portraits de groupe, et ses choix de sujet sont plus recherchés. Andrea a un peu (mais pas définitivement) laissé de côté les portraits iconiques des actrices hollywoodienne des années 50 pour montrer des personnages énigmatiques, masqués évoquant parfois l’univers du cirque ou un triste carnaval comme sur cette toile. Rappelons qu’Andrea commence à pratiquer le pochoir en 2001 alors qu’elle suit des études de photographie. Elle fait aujourd’hui partie des artistes majeurs du mouvement pochoir mondial.

Le Belge Kris Trappeniers provoque la surprise au début de l’été 2011 avec son entrée dans la très select galerie parisienne Magda Danysz à l’occasion de l’exposition collective Shadows and Reflections présentant plusieurs approches de la technique du pochoir. Finalement a côté des affiches marouflées de Vhils, des pochoirs sur matériaux de récupération de C215 et de l’installation de Jef Aérosol, ce sont les œuvres de Kris Trappeniers qui créent le choc de cette expo. Ce sont les matrices-même qui sont exposées, cloués au mur, donnant à voir un prodigieux réseaux de lignes faisant sens au-delà de leur fonction-même. À regarder son flickr, on se rend compte que l’artiste mène une recherche perpétuelle technique et expérimente différentes approches.

Difficile de passer à côté des Reconstitutions de façades de Jana & Js que l’on a découvert à la galerie Itinerrance au mois de février dans leur exposition personnelle Jeux de Constructions. En effet, pour la première fois, le duo de pochoiristes présentent des œuvres faites de l’assemblage de morceaux de bois peints allant parfois jusqu’à 3,40 mètres de longueur. Cette œuvre-ci, Reconstitution de façade sur pied N°1, est leur toute première sculpture en ronde-bosse, autour de laquelle le spectateur peut déambuler. Ces reconstitutions de façades prolongent leur réflexion sur les immeubles d’habitation des années 70 (à partir de leurs photos de Paris et de plusieurs villes du monde), ainsi que leur représentation des façades sous forme de grilles architecturales à l’abstraction fascinante dans leurs peintures sur toile. Ces sculptures nous engagent donc à réfléchir sur la déshumanisation provoquée par une certaine architecture et sur la question du lien social alors que la figure humaine a une place prépondérant dans toute l’œuvre de Jana & Js. Alors qu’ils réalisent des fresques monumentales à travers le monde mettant en scène leurs autoportraits respectifs, on attend avec impatience leur prochaine exposition en 2012 pour connaître la suite de leurs recherches plastiques.

Ce portrait de Georges Braque, l’initiateur du cubisme en 1905 avec (ou avant?) Pablo Picasso est un très bel hommage que C215 vient de faire à l’histoire de l’art . Il est l’un des rares artistes urbains à pouvoir se targuer d’avoir un véritable bagage théorique et ce portrait s’inscrivant dans la lignée de ceux de David Hockney et de Camille Claudel ou encore de ses contemporains urbains comme Epsylon Point, en est la preuve. Ce portrait figure en ce moment-même dans l’exposition Smoke gets in your Eyes à la Shooting Gallery de San Franciso, sur la thématique des fumeurs. Avec un admirable travail sur la couleur, la lumière et les textures sur ce support du bois, cette œuvre est indéniablement l’une des plus belles que C215 ait réalisé cette année.

Le Berlinois Evol fait parler de lui depuis maintenant plusieurs années. Celui que l’on connaît avec ses interventions urbaines sur les armoires électriques recouvertes de façades d’immeubles de Berlin Est – l’illusion d’échelle est véritablement troublante – compte désormais parmi les artistes contemporains urbains montants. Les Parisiens ont pu voir les dernières œuvres d’Evol au Slick, la foire d’art contemporain parisienne en octobre sur le stand de la galerie bruxelloise Bodson-Emelinckx qui le représente désormais (sa collaboration avec la Wilde Gallery s’est terminée cette année avec la fermeture de la galerie). En galerie, les pièces exposées sont des pochoirs sur carton (exclusivement sur carton) et jouent encore ici sur l’illusion d’échelle, troublante. Ses armoires électriques sont aussi parfois arrachées à la rue pour passer la porte des galeries et afficher des prix mirobolants… Cette pièce nommée Charlottenstrasse figure sur la couverture du livre Walls & Frames de Maximiliano Ruiz publié chez Gestalten cette année. Avec le lancement du livre, Evol est propulsé sur le devant de la scène… britannique en étant invité à participer au Santa Ghetto organisé chaque année par Banksy à Londres. Un artiste à suivre, résolument.

Alors que le duo Mosko et associés (Gérard Laux & Michel Allemand) investit les rues et les terrains vagues de Paris depuis les années 90, il ne se met à exposer en galerie qu’en 2004 à l’occasion de la sortie de leur premier livre, publié chez Critères Éditions en 2004 (Peignez la Girafe). Michel, plus tourné vers la rue et les actions sauvages et spontanées – aussi à travers la dimension du voyage, il peint plusieurs fois à Cuba -, s’installe hors de Paris à la fin des années 2000. Cela pousse alors un peu plus Gérard vers l’atelier (même si il n’a pas fallu le pousser beaucoup, occupant un vaste atelier dans les hauteurs de Montreuil). Travaillant plus volontiers sur bois ou palissades que sur bois, Gérard continue de peindre girafes, félins et autres animaux avec le plus grand plaisir. On a pu découvrir ce magnifique tigre bleu dans l’exposition Félins s’étant tenue en octobre dernier à la galerie Oblique à Paris. Un beau succès marquant un véritable bond en avant pour Mosko. De nombreuses nouvelles découpes, plus que des “pochoirs” d’animaux, on pouvait y découvrir des “portraits d’animaux” ! Et sa réalisation sur le M.U.R. (actuellement en cours, voir la vidéo) donne encore plus le ton : 2012 sera l’année de Mosko !

Stéphane Moscato recueille la mémoire vivante de la cité phocéenne depuis dix ans. En collectant les affiches sauvages de la ville qu’il décolle par strates, l’artiste se laisse guider par les typographies et les motifs qu’il y découvre. Son approche du pochoir, on l’a souvent dit sur SHX et ailleurs, est particulièrement novateur. Travaillant essentiellement sur toile, celui que l’on dénomme aussi STF a abordé différents nouveaux supports : des couvertures de livres en 2010, ce qu’il a poursuivi cette année lors de son expo solo à la galerie Guillaume Daeppen en Suisse, des objets de récupération, des pochettes de vinyles mais aussi des cadres de verre, expérimentant à travers le verre les différentes possibilités du pochoir et des layers (chez Backside à Marseille). Personnellement, c’est cette toile (désolée du peu), Urban Wildlife, qui m’a le plus touchée cette année. Stéphane Moscato, qui est le premier surpris quand on le lui dit, sait parler des femmes et de l’amour en peinture comme personne. Cette œuvre traite du sentiment jaloux, pendant au sentiment amoureux, en mettant en image l’expression “mettre en cage”, la femme tenant dans chaque main un rossignol, symbole de l’amour. Ensuite, ce qui est plaisant chez Stéphane Moscato, c’est que l’on ne s’arrête jamais là. Il y a toujours polysémie. Car un troisième rossignol se tient sur son bras suggérant effectivement un trio amoureux, la cage trouvant alors une justification ? Chiennes de garde, restez couchées, loin de moi cette pensée ! La cage étant là avant tout pour justifier le talent de pochoiriste de Stéphane Moscato qui en fait un motif de toute beauté. Cette œuvre est actuellement exposée à l’Espace culture Marseille, et ce jusqu’au 3 janvier.

Artiste-Ouvrier est un artiste incontournable de l’univers du pochoir. Un talent indéniable pour la découpe, la couleur, la finesse, l’émotion, le sujet, presque un carton plein. Ce qui m’attire le plus chez ce jeune artiste vivant aujourd’hui en Normandie, loin des velléités des artistes parisiens, c’est son classicisme, allant jusqu’à réinterpréter certaines œuvres maîtresse de l’histoire de l’art comme Les raboteurs de parquet de Caillebotte (la peinture préférée de mon père) ou Le Paradis de Jérôme Bosch. Et même quand il ne s’agit pas d’histoire de l’art, on n’en est pas non plus très loin, comme avec ce pochoir sublime. Réalisé à partir d’une photo prise par un de ses amis photographe  dans la forêt (j’avoue avoir oublié les détails sans doute passionnants de cette histoire), cette œuvre figure la Vierge en sculpture au milieu de la végétation de la forêt : une vision de paix et d’harmonie, même pour la fière athée que je suis. Artiste-Ouvrier avait déjà peint au pochoir un arbre monumental évoquant ce ciel d’arbres (collaboration avec Jef Jérosol ici). Sculpture de la Vierge dans la forêt (95 x 166 cm) a été présentée lors de l’exposition Nostalgie du temps présent à la galerie Gabriel & Gabriel à Paris au mois d’avril : la plus belle exposition d’Artiste-Ouvrier à ce jour.

Le duo et couple milanais Orticanoodles est un plaisir pour les oreilles (ah les Italiens et leur voix chantante) comme pour les yeux (leurs pochoirs full of colors). Leur travail a nettement évolué au fil des années passant de pochoirs hyperréalistes en camaïeux de gris à des toiles très colorés, proches du pop art ou encore par une période très ornementale, avec le cœur et ses artères comme symbole (rappelez-vous). Aujourd’hui, Orticanoodles poursuivent leurs recherches picturales, très pop, avec ces nouvelles peintures. Ici, le portrait de Jean-Michel Basquiat dont ne finit pas de fêter le cinquantième anniversaire. Flashy !!

Et enfin, voici un pochoir de Benoît Maître, mon co-auteur sur Paris Pochoirs, alias Spizz bien-sûr ! Ce jeune papa a trouvé le temps entre deux biberons et promenades dans le parc à découper cette merveille de précision. Fasciné par l’esthétique du premier quart du XXe siècle, Spizz traite ici du sujet historique de la Première Guerre Mondiale et du gaz moutarde. Bravo ! On attend plus de pochoirs s’intéressant à l’Histoire, faisons revenir le sujet au premier rang des préoccupations d’artistes. Avant de finir tous sous les effets du gaz moutarde du XXIe siècle (à vous de faire vos pronostics sur sa nature…aahhhh 2012…), il faut donner du sens à nos actions, c’est ça le plus important !!

Outdoor fresh in the air : Sten & Lex @ Rome

Sten & Lex viennent de réaliser deux nouveaux projets dans les rues de Rome, leur ville. Le premier s’affiche sur la devanture d’un ancien cinéma porno, aujourd’hui le Volturno Occupato et le second est situé via Prenestina, Space Metropoliz. Comme cela a été souligné dans notre top 10 des Outdoor Stencils 2011, le duo italien aime prendre son temps et faire les choses en grands. C’est encore une fois le cas ici. Sten & Lex ont souhaité faire évoluer leur technique des Stencil Posters en mettant de côté leur travail sur les bandes pour faire ressortir les lignes sauvages et spontanés du croquis. Cette nouvelle approche s’avère tout autant complexe et souligne le caractère paradoxal inhérent à toute l’œuvre de Sten & Lex : utiliser une technique complexe, avec un outil par définition reproductible, pour donner l’illusion d’un travail handmade, unique et spontané. Ah ! Vraiment, ils sont fous ces Romains !!

Pour aller plus loin, une petite vidéo, ça ne fait jamais de mal :

EX PORN CINEMA VOLTURNO from STEN & LEX on Vimeo.

Concours SHX – Part 2 – avec Graffiti Art

Voici la seconde et dernière partie du concours qui vous permettra de gagner des livres de la librairie de Stencil History X. Organisé avec l’aide de Graffiti Art, cela se passe ici, sur la page Facebook du magazine.
Vous n’avez que jusqu’à demain matin, donc dépêchez-vous. Le principe est simple : il suffit de cliquer « J’aime » sous l’image pour participer ! Demain, deux personnes seront tirées au sort et gagneront chacune les lots suivants, trois monographies d’artistes ainsi qu’un exemplaire du “mythique” Stencil History X :

• « Stencil History X » (de Samantha Longhi, 2007) ;
• « Jana & Js, À murs ouverts » (de Samantha Longhi, 2011) ;
• « Mosko et associés, Plaques de rue » (de Samantha Longhi, 2011) ;
• « Epsylon Point, Le sang des pauvres » (de Samantha Longhi, 2010) ;

Rendez-vous sur la librairie de SHX pour une offre exceptionnelle : un exemplaire de Stencil History X offert pour toute commande passée avant le 31 décembre (hors offres promotionnelles existantes/packs).

Mosko et associés sur le M.U.R., la vidéo


Mosko et associés – Le MUR n° 111 – Décembre 2011 par 75018laurence

Voici une réalisation Outdoor qui aurait bien mérité d’apparaître dans mon top 10 !! Gérard Laux des Mosko est intervenu sur le M.U.R. situé rue Oberkampf le 22 décembre dernier pour offrir aux Parisiens une de ses plus belles œuvres. S’intéressant à une nouvelle vision macro de son travail, c’est un regard de fauve qui s’offre aux regards des Parisiens. Cette vidéo de Laurence Laux revient sur les étapes de cette réalisation faite en public et de son process en amont. Un grand bravo !

Joyeux Noël / Merry Christmas by Banksy !!

Le top 10 des Stencils Outdoor 2011

Les fêtes de fin d’année et toute l’euphorie qui les accompagne nous conduisent souvent à faire le bilan de l’année passée (les bilans et les tops sont une de mes activités favorites dans la vie, il faut le savoir) et à prendre de bonnes résolutions pour l’année à venir. Alors, ouvrez bien grandes vos mirettes, vous ne rêvez pas, vous êtes en train d’assister à la renaissance de Stencil History X ! Vous remarquez déjà un nouvel accompagnement graphique et l’année 2012 s’annonce encore plus riche de changements avec des posts beaucoup plus réguliers (comme à la grande époque) et l’ouverture d’une véritable boutique en ligne. Celle-ci fera vite référence en présentant à la vente une large sélection de livres (spécialisés sur le pochoir bien entendu), signés pour certains, ainsi que des œuvres originales au pochoir et des éditions limitées.

Voici pour preuve de ce Stencil History X 2.0 mon top 10 des Stencils Outdoor 2011. Il faudra attendre le premier janvier pour mon top 10 des Stencils Indoor 2011. Je vous souhaite donc tout d’abord un très joyeux Noël et de profiter de cette belle journée en famille et entre amis. Très bonnes fêtes à vous !

Avec Marie Curie et Michal Batory, M-City est vraiment mon Polonais préféré. En mai, il réalise dans la ville de Wrocław ce mur pignon gigantesque… au pochoir, comme toujours. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? Monumental rime avec mural chez ce passionné de mathématiques qui conçoit le pochoir comme un module à utiliser à l’infini. La nouveauté 2011 est l’arrivée de la couleur dans son travail jusqu’ici exclusivement en noir et blanc. Mariusz court les festivals de Nuart en Norvège à Mexico (revoir la vidéo ici) ou Jakarta, où il a laissé sa marque “industrielle”. Malgré sa voyagite, il travaille de plus en plus dans son pays comme le démontre cet accident ferroviaire pictural. Et il vient également de réaliser une énorme façade il y a deux mois de ça en Pologne dans le cadre du Fundacja Urban Forms. L’artiste n’étant pas parcimonieux, on peut suivre son travail sur sa page Facebook sur laquelle il dévoile régulièrement ses projets en cours et ses designs (encore faut-il être son ami, ça, c’est pas mon problème, c’est le vôtre). Une petite news en avant-première pour finir ? il exposera en mars prochain ses nouvelles œuvres (avec des couleurs, si vous suivez) à Bergame en Italie, à la Traffic Gallery.

Ce n’est pas un secret, Jana & Js sont certainement les jeunes pochoiristes les plus doués de leur génération, donc pas de surprise à les retrouver dans ce top. En juin, Jana termine ses études de communication visuelle, et le couple se retrouve avec un temps libre infini à exploiter afin… d’envahir le monde ! Après quelques longues séances de découpe dans leur atelier allemand près de la frontière autrichienne, et quelques nouveaux pochoirs autoportraits très inspirés, direction l’aéroport. Bratislava d’abord pour un festival aux côtés de Faith47 et Dale, qui clôt leur cycle Europe de l’Est – ils ont une véritable attirance pour cet urbanisme à l’esthétique post-communiste -, puis après Madrid et Zagreb en Croatie, ils décident de frapper très fort et vont peindre au pays du soleil levant, rien que ça ! Leurs pochoirs se fondent à la perfection, et avec une poésie touchante, dans ce paysage chinois un peu chaotique. À Pékin, entre bicoques à peu près stables, murs à moitié démolis, amas de détritus et grandes tours d’habitations, ce portrait de Jana endormie ne semble pas déplaire à cette petite dame. Double pouce en l’air !

Comment ça, il faut présenter Jef Aérosol aux néophytes ? et puis quoi encore ? Ne pas connaître Jef Aérosol est une faute aussi grave au Trivial Pursuit qu’ignorer la capitale de la Bulgarie… Ce n’est pas pour rien que la maire du 4e arrondissement de Paris, Dominique Bertinotti ( celle-la même qui était à l’origine de l’invitation de JR sur l’île Saint-Louis pour la Nuit Blanche 2009 ) décide de lui commander un de plus beaux murs peints officiels que la ville de Paris ait connu depuis… laissez-moi réfléchir…depuis… celui de Combas dans le Marais ? mmh… il faut aimer quand même… celui d’Alechinski sur la Montagne Sainte-Geneviève pour l’an 2000 ?… mmhh…bref… depuis un bon bout de temps ! Un emplacement de choix pour ce pionnier du pochoir qui mérite toutes ses lettres de noblesse : entre l’église Saint-Merri et la Fontaine de Tinguely et Nikki de Saint-Phalle, à quelques pas du prestigieux Centre Pompidou. Son œuvre “Chuuuttt !!!”  d’une surface de 250 mètres carré a été réalisée au mois de juin avec le concours de la galerie Vertikall. Cette fresque devait s’inscrire dans un programme municipal, “Murs4murs” à raison d’un mur peint tous les deux mois. Cette belle idée est tombée dans le silence depuis les envois du communiqué de presse avant l’été… Dommage. Reste qu’à part l’Abbé Pierre peint par JonOne dans le 18e ( il est mort tout de même, il a tous les droits), personne n’a son portrait en si gros, en ville… Bravo Jef !

C215 qui avait un peu négligé Paris au bénéfice de Vitry-sur-Seine et de Rome (au vu du résultat, difficile de le lui reprocher), a investi en octobre dernier le 13e arrondissement. Plus précisément le quartier Paris Rive Gauche, où se situe la galerie Itinerrance chez qui il avait fait son exposition Community Service fin 2010. Les armoires électriques (comme les boites aux lettres) sont un support que l’artiste pochoiriste affectionne particulièrement dans la ville. Un symbole de lumière et d’énergie avait dit YZ en 2003 à l’occasion de son projet Open Your Eyes. Toujours est-il que ces éléments d’un marron disgracieux se retrouvent parés de couleurs intenses avec les portraits expressifs auxquels C215 nous habitue depuis 2007. Difficile de ne pas plonger ses yeux dans le regard de ce personnage de fumeur (qui rappelle le thème de son exposition actuellement en cours à San Francisco)… de quoi même se planter en vélo sur le quai Panhard et Levassor. L’occasion, en tout cas, de faire une belle balade dans ce quartier fascinant en pleine mutation (bravo d’ailleurs à Lionel Belluteau pour cette magnifique photo), entre les Frigos, l’école d’Architecture, l’Université Paris 8 et la Bibliothèque Nationale de France… et ne me dites pas que vous n’avez jamais testé les Love Seats du MK2 Bibliothèque, je ne vous croirais pas !

Au XXIe siècle, difficile de parler pochoir sans parler de Banksy, et je ne m’en plains pas, bien au contraire ! Je ne pense pas exagérer en affirmant que cet artiste est le dieu des pochoiristes, des artistes contextuels et artivistes confondus ! L’année 2011 fut évidemment marquée en France par la sortie du film “Faites le mur” (je préfère très largement le titre original “Exit Through the Gift Shop”), un documentaire atypique et drolatique sur un personnage réel, Thierry Guetta alias Mr. Brainwash, qui est passé du statut de vidéaste documentariste à celui de street artist millionnaire en l’espace de quelques mois… En tout cas, il  y a de quoi se prendre une belle barre de rire… jaune ! Jaune comme la fameuse statue des oscars ! En effet, étant nominé dans la catégorie “meilleur documentaire”, Banksy ne peut que réagir avec humour à cette incongruité du système. Il intervient alors en février sur les murs de Los Angeles où se déroule la fameuse cérémonie. Banksy pare la statuette des oscars d’un hoodie comme celui qu’il porte dans le film (un peu racaille quand même ce British), la dite statuette étant protégée par des clones, les soldats de la République de Star Wars. Le jour-même de la remise des prix, il avait même placé  des figurants costumés sur le toit, dingue !! Finalement, deux jours plus tard, le mur fut signé Mr.Brainwash, celui-ci en étant d’ailleurs propriétaire (nous sommes devant les Mr. Brainwash Studios). Alors un ultime pied de nez de la part du défenseur du copy-left ? T’es vraiment le meilleur, Banksy !

J’ai rencontré l’artiste américain Joe Iurato en décembre 2008. Trois années durant lesquelles il n’a cessé de me surprendre par sa délicatesse et son humanisme, tant dans son travail que dans sa vie quotidienne. Il est l’un des rares artistes à soutenir activement des organisations caritatives ; avec son cycle d’expositions :01 (25 % du produit des ventes est reversé à “Wine for Water”), il contribue à favoriser l’accès à l’eau dans les parties les plus pauvres du globe comme l’Éthiopie. Et il s’est avéré un artiste de plus en plus talentueux, alliant technique et esthétisme dans son travail. Fin 2009, un personnage capuché dénommé “Nobody” (sans aucun rapport avec le post précédent, attention) commence à apparaître timidement dans son œuvre  pour prendre de plus en plus de place en 2011. Son exposition Fall + Rise en septembre dernier raconte ces moments, quand, percuté par certaines difficultés de la vie, on chute, et la force qu’il faut puiser pour se relever et continuer à avancer. Joe Iurato confie ainsi ses peurs intimes et dévoile son énergie créative qui le pousse à continuer quoi qu’il arrive. Ce motif, “The Restoration of Self”, apparaît comme une sorte d’élévation mystique, plus qu’une chute… d’autant plus dans le contexte de cette magnifique cathédrale désaffectée (St. Joseph’s Cathedral. Albany, NY). Joe Iurato continue de me surprendre et j’ai hâte de voir la direction qu’il va prendre en 2012.

Après une année très intense en 2010 marquée par de nombreuses expositions et leur nouvelle technique, “Stencil Posters”, le duo italien Sten & Lex a ralenti un peu la cadence en 2011. Ils ont toutefois pris le temps (le chantier a duré 20 jours) de réaliser cette façade monumentale au Danemark à KØGE dans le cadre du festival Walk this Way au mois de mai. Et ils n’ont pas lésiné sur les moyens : belle performance que d’appliquer leur technique compliquée de papiers arrachés sur une surface de 26 x 29 mètres, c’est à dire 700 mètres carré !! Que dire de plus ? “Ils sont fous ces Romains !

En 2010, Finbarr s’est fait remarquer avec un grand pochoir peint sous le pont du RER de Vitry-sur-Seine représentant une geisha de toute beauté. Depuis, cette image a été reproduite de nombreuses fois, dont en couverture du très beau livre Vitry vit le street art (sous la direction des admirables Nath Oxigène et Brigitte Silhol). Le pochoiriste londonien s’inscrit dans une génération d’artistes affirmant l’importance de l’esthétique dans l’espace urbain (je pense aussi à son compère Snik). Une génération que l’on a retrouvée ou découverte cette année dans la ville de Brest grâce à l’énergie débordante de l’artiste Liliwenn. Crimes of Minds est, plus qu’un festival, un évènement complet fait de rencontres humaines, de street art, d’expositions, de vidéos, de musique et le tout avec une direction artistique parfaitement cohérente. L’occasion aussi pour Finbarr de réaliser une nouvelle fois un pochoir contemplatif de geisha, une spécialité qui lui va bien !

Ender est très certainement un des pochoiristes les plus actifs dans les rues de Paris depuis ses débuts en 2009. Et ça fait plaisir ! Car je ne dirai jamais assez haut et fort mon grand regret face à la présence de plus en plus faible de pochoirs dans la capitale, vous savez ces signes que l’on prend en pleine face au détour d’une rue, tout émoustillé de la surprise et de la joie de la rencontre, et les jeux de piste que cela peut bien-sûr entrainer… Bref, Ender se rappelle bien l’âge d’or des années 80 dans dans le 20e arrondissement et à Belleville, et ses pochoirs sont bien de cet acabit : bien situés, bien choisis, en correspondance avec son environnement. Comme ici, avec cette gargouille mise à l’écart de ses copines de l’église Sain-Germain de Vitry-sur-Seine… Elle se tient la tête dans les mains comme une gargouille, mais est-ce qu’elle n’aurait pas fait une bêtise par hasard ? Car Ender est malicieux, à l’humour enfantin ; il met en scène cette malice dans le cadre de différents thèmes comme sa série des Mariolles, des enfants, jouant, sautillant, prêts à faire une connerie, quoi… Un autre aspect intéressant dans l’œuvre d’Ender est son attachement au classicisme. Cela s’illustre avec des portraits d’artistes de la peinture dite classique comme Leonardo da Vinci ou des musiciens classiques comme Chopin, mais aussi avec cette série sur les gargouilles. Bref, ça touche ma fibre d’historienne d’art et ça change quand même des Marylin Monroe, Gandhi et Serge Gainsbourg ! Keep working Ender !

C’est lors de son passage  à Paris en octobre pour une exposition duo avec Diamond à la galerie Rue de Beauce que Lucamaleonte en a profité pour réaliser ce collage de rue. Ses études de restauration et sa culture en histoire de l’art et de l’architecture ont valu à cet artiste romain de choisir des sujets aussi atypiques que des chapiteaux corinthiens ou des façades classiques, le tout traité avec un rendu hyperréaliste au pochoir. En 2011, Lucamaleonte s’intéresse à la représentation d’animaux : insectes, serpents, loups, etc. qui ne manquent pas d’évoquer une dimension chamanique, avec le fort pouvoir symbolique que ces animaux véhiculent. Après une fertile discussion avec Luca, j’attends avec impatience l’année 2012 afin de constater la mise en pratique de ses bonnes résolutions et voir fleurir dans les rues de Rome et d’ailleurs des pochoirs et des affiches par centaines ;-)

Encore très bonnes fêtes à tous !

Concours SHX avec Graffiti Art du 21 au 28 décembre

Avant de vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d’année et mes meilleurs vœux, j’aimerais vous proposer de participer à un concours qui vous permettra de gagner des livres de la librairie de Stencil History X. Ce concours est organisé avec l’aide de Graffiti Art et cela se passe ici, sur la page Facebook du magazine.
C’est la première partie du concours, cela s’arrête demain matin à 10h, donc dépêchez-vous. Le principe est simple : il suffit de cliquer « J’aime » sous l’image pour participer ! Demain matin, deux personnes seront tirées au sort et gagneront chacune deux ouvrages indispensables sur l’histoire du mouvement pochoir :
• « Paris Pochoirs » (de Samantha Longhi et Benoît Maître, éditions Alternatives, 2011)
• « Stencil History X » (de Samantha Longhi, 2007).

Rendez-vous sur la librairie de SHX pour une offre exceptionnelle : un exemplaire de Stencil History X offert pour toute commande passée avant le 31 décembre (hors offres promotionnelles existantes/packs).

Si vous découvrez ce billet trop tard ou que vous ne faites pas partie des gagnants, vous pourrez retenter votre chance la semaine prochaine, mercredi 28 à 10h, avec de nouveaux lots à gagner.


Les Mosko et associés font le M.U.R.

Oyez, oyez, Parisiens ! Ça faisait un petit moment que nous n’avions pas eu de pochoiristes sur notre mur d’expression artistique éphémère de la rue Oberkampf. Incroyable mais vrai, les Mosko et associés n’avaient pas encore emprunté ce passage obligé pour tout artiste urbain reconnu et apprécié. Il n’est jamais trop tard… Alors rendez-vous jeudi 22 décembre : Gérard Laux des Mosko interviendra sur le M.U.R. à partir de 16h30. En plein hiver, il faut être courageux ! Et vous pourrez ensuite le féliciter lors de l’inauguration officielle à 18 heures. Et j’ai comme l’impression qu’il y a de la surprise dans l’air, je ne vous dis que ça.

Le M.U.R. se situe au croisement des rues Oberkampf et St Maur dans le 11ème arrondissement (Métro Parmentier, St Maur ou Ménilmontant).

M-City à Mexico

M-CITY en México from Filmaciones de la Ciudad on Vimeo.

C215 & Alice dans Streetosphere, Rome

Extrait Streetosphere Rome – C215 & Alice Pasquini from Sterenn Films on Vimeo.